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Des experts s’inquiètent du comportement de certains photographes animaliers 368


Alors que de nombreux photographes animaliers rêvent du cliché parfait d’un orignal majestueux ou d’un harfang des neiges en plongée, certains observateurs s’inquiètent de l’éthique discutable de certaines pratiques pour obtenir de bonnes photos.

David Legros, naturaliste pour Parcs Ontario, dit avoir observé une hausse du nombre de personnes qui piétinent des habitats naturels fragiles, déposent de la nourriture pour attirer les animaux ou les pourchassent en quête d’une photographie. Selon lui, les médias sociaux comme Instagram ne sont pas étrangers au phénomène.

«Je crois qu’une bonne partie du problème s’explique par l’accessibilité de la photographie numérique et les médias sociaux parce que tout le monde diffuse ses photos et tout le monde veut avoir de bonnes photos», mentionne-t-il en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

Dans un billet publié en avril dernier, Parcs Ontario a fourni certains exemples de comportements répréhensibles récents. Des visiteurs auraient notamment pourchassé un orignal, coupé des branches d’arbre pour obtenir une meilleure vue ou encore, étendu du beurre d’arachides sur un arbre pour attirer une martre.

Le problème le plus répandu, selon David Legros, demeure celui d’appâter les animaux sauvages avec de la nourriture. Une pratique qui facilite la prise de photos, mais qui peut entraîner des comportements agressifs des animaux envers les humains ou les amener à se rapprocher plus souvent des routes et à se faire frapper.

Le garde-parc tient à préciser que les visiteurs perturbateurs demeurent une minorité et que la plupart des gens sont respectueux de la nature.

Débat

Cet enjeu fait aussi l’objet d’un débat parmi les photographes animaliers professionnels, pour qui la pression d’obtenir des images spectaculaires peut s’avérer intense.

Le magazine Canadian Geographic assure être «très bien au fait» du problème. Son rédacteur en chef, Aaron Kylie, dit éviter de faire affaire avec des photographes qui appâtent leurs sujets ou qui tentent de faire passer des animaux en captivité pour de la faune sauvage.

Un débat animé a aussi récemment éclaté au Canada au sujet de la pratique d’attirer des chouettes en utilisant des souris vivantes.

Laura Kaye, photographe et ornithologue amatrice, raconte s’être déjà rendue, il y a deux ans, à l’extérieur de Montréal dans le but d’observer une rare chouette lapone.

À son arrivée, elle a été renversée de voir l’oiseau de proie se poser directement devant une foule de photographes... Pour se rendre compte qu’on le nourrissait. Elle avoue s’être inquiétée de l’impact sur les habitudes du rapace. «Au lieu d’aller chasser, elle va rester au même endroit et attendre les humains. À plus long terme, cela pourrait mettre la chouette en danger», observe-t-elle.

22 mai 2018
lesoleil.com


chouettes Publié le : Mercredi 23 mai 2018